Éric Clément, Et si les robots sauvaient les hommes, La Presse´+, section ARTS, écran 4, Édition du 27 décembre 2013,

ET SI LES ROBOTS SAUVAIENT LES HOMMES ?

Avec son exposition Et si les robots mangeaient des pommes ? la Maison des arts de Laval propulse le visiteur dans l’univers de la robotisation, avec la présentation de robots qui réagissent aux gestes, à la présence et à la voix et nous amènent à réfléchir sur la future condition humaine, à l’heure du développement des nanotechnologies et de l’intelligence artificielle.

À l’invitation de Jasmine Colizza, muséologue de la salle Alfred-Pellan, l’historienne d’art Ariane de Blois a réuni les oeuvres, recherches et réflexions de neuf artistes qui se sont penchés sur la robotisation. L’exposition est assez intéressante en cela qu’elle permet de découvrir in situ des robots, du plus basique au plus complexe. Elle débute par un film dans lequel l’artiste français Zaven Paré mange une pomme en présence du très réaliste robot Geminoïde, créé par le roboticien japonais Hiroshi Ishiguro. Assis à côté de l’artiste, le robot imite certains de ses  gestes, sauf l’ingestion de la pomme, qui lui semble (évidemment) une sensation inconnue. Un peu plus loin, Louis-Philippe Côté entame une réflexion sur les drones, en énumérant les données procédurales de ces aéronefs automatisés afin d’illustrer ces interventions militaires américaines qui utilisent un robot pour aller régler leurs comptes avec un ennemi à moindre coût humain et financier. L’oeuvre de Jessica Field, Field Studies (2009), comporte quatre petits robots placés dans une sorte de minipatinoire. Ils réagissent à la proximité « d’un des leurs ». Quand La Presse est passée, seul un robot « bougeait une patte » de temps en temps en faisant du surplace. Ce n’était pas la grande forme ! Beaucoup plus intéressante, l’expérience avec le robot Art-Bot : Meccanismo , de Morgan Rauscher, qui vous permettra (si vous êtes plus adroit que moi !) de manipuler une scie mécanique robotisée et de couper une bûche, illustration de la téléprésence médicale pour les interventions chirurgicales à distance. Et qui pourrait s’appliquer aux arts visuels avec la possibilité de sculpter à distance ! Mais la plus stupéfiante des expériences, on la fait en passant à côté du robot S1-04 de Yann Farley. Il a la forme d’un compas de 6 pieds de hauteur avec, à chacune de ses branches, des roues qui lui permettent de bouger ses « jambes ». On s’approche du robot et il vous dit : « Je détecte un assemblage d’organes complexes. » Si on touche l’herbe artificielle qui orne ses côtés, il lance : « Ne touchez pas mon interface sensible ! » ou « Gardez vos distances ! » Quand son humeur est meilleure, la bibitte se redresse et déclare : « Touchez mon interface sensible ! » (...)